Personnel
Thèmes de Recherche
1) - Projet de recherche quadriennal 2005-2008
Dans l’histoire d’un bassin sédimentaire ou d’une chaîne
de montagnes, les failles représentent des structures dynamiques
qui interagissent étroitement, dans l’espace et dans le temps avec
le milieu environnant. A échelle régionale, elles contrôlent
l’organisation des bassins (processus tectono-sédimentaires), la
morphologie des chaînes de chevauchement-plissement, la mobilité
des fluides (eau, hydrocarbures), ainsi que l’aléa sismique. Localement,
elles interagissent étroitement avec les sédiments (consolidés
ou non) et les fluides présents dans le milieu dont la migration
passe d'un flux diffus, par l'intermédiaire d'une perméabilité
à l'échelle du grain, à un flux canalisé le
long des failles et des fractures associées (diagenèse précoce).
Nos projets de recherche se focaliseront sur l’étude des
systèmes faillés notamment sur l’évolution dynamique
de ces systèmes (évolution dans l’espace -3D- et dans le temps
-4D-). L’originalité de notre approche est de proposer une étude
intégrée et multi échelle des systèmes faillés
naturels. A terme notre objectif consiste à établir des modèles
de croissance de failles depuis la naissance d’unités élémentaires
(failles ou segments) jusqu’aux architectures les plus évoluées
(zones de failles et systèmes des failles) incluant les cas plus
complexes polyphasés.
Ces études viseront à mieux connaître :
- (1) les aspects géométriques et mécaniques (nature
et rhéologie des matériaux, contraste lithologique, initiation
et mode de propagation des ruptures, glissement, segmentation, fracturation,
cataclase, bréchification….),
- (2) les processus physico-chimiques actifs pendant la déformation
(pression/dissolution, minéralisations, rôle et présence
des fluides…),
- (3) l’évolution tectonique régionale (tectonique,
gravitaire…),
dont la combinaison conduit in fine à donner l’architecture
finale des systèmes faillés telle qu’on les observe aujourd’hui
sur le terrain.
La connaissance des systèmes faillés appelle plusieurs questions, à savoir :
* Quels sont les paramètres qui contrôlent l’architecture
des failles ?
* Quels sont les processus de déformation actifs dans l’évolution
d’une faille ?
* Comment l’architecture des failles influence-t-elle la migration
de fluides ?
* Existe-t-il un lien discriminant entre l’architecture des systèmes
faillés et le contexte tectonique ?
Nous tenterons de répondre à ces questions en couplant les analyses macro-structurales de terrain et micro-structurales en laboratoire, l’analyse pétrologique et géochimique des minéralisations, la datation relative (tectonique-sedimentation) et radiométrique sur calcite de faille, la cinématique… Le rapprochement avec l’UMR 7072 nous permettra d’intégrer les aspects concernant la mécanique de roches et la modélisation des failles.
Notre thématique orientée vers l’étude intégrée des systèmes faillés répond à (1) un besoin scientifique de notre communauté française qui manque de connaissances dans ce domaine, et (2) à une demande dans les domaines appliqués à l’exploration et au stockage, comme l’atteste le soutien financier de nos partenaires Total et Cogema.
Nos recherches seront menées selon quatre axes :
1- L’architecture des failles et leur évolution 4D
2- Failles, fractures et transfert de fluides – informations enregistrées
par les minéralisations
3- L’évolution des systèmes faillés d'échelle
régionale.
4- Les systèmes faillés polyphasés
Note : pour la simplification du texte, nous utiliserons le terme «
faille » dans un sens large, incluant « zones de failles »
et « systèmes faillés ».
2.1) L’architecture des failles* et leur évolution 4D
Les objectifs seront 1) de définir l’architecture de failles en fonction des paramètres génétiques et cinématiques prépondérants qui contrôlent leur architecture, et 2) de proposer des modèles de croissance des failles.
Architecture. Un intérêt particulier portera sur les
“ failles en segments ”. Sur ce point, nos travaux actuels montrent qu’en
milieu sédimentaire, les failles sont très souvent segmentées
horizontalement et verticalement (Fig. 59). L’initiation et l’évolution
de cette segmentation sont étroitement liées au caractère
multicouche de la série stratigraphique faillée et/ou à
ses hétérogénéités sédimentaires.
Si la série stratigraphique est homogène, les segments se
propagent et grandissent sans obstacle et se connectent les uns aux autres,
augmentant ainsi la taille de la faille. Dans les séries hétérogènes,
les contrastes rhéologiques entre les strates (d’épaisseur
et de lithologie différente) restreignent la propagation des segments,
et contrôlent ainsi leur mode de croissance et leur possibilité
de connexion. Dans ces conditions, il faut un plus grand nombre de segments
(donc plus petits) pour former la faille (Fig. 59).
Ainsi, notre analyse tentera de caractériser et de quantifier
le rôle des divers types de discontinuités stratigraphiques
dans l’architecture finale des failles.
Ceci, est essentiel à la compréhension des critères
d’interaction entre les segments de faille qui conduisent ou non à
leur connexion. Les implications sont nombreuses lors de la conceptualisation
de l’évolution spatiale des failles que lors de la prédiction
des structures en relais dans l’exploration pétrolière, et
l’évaluation du risque sismique. Nous rejoignons en cela les préoccupations
des équipes de l’UMR 7072 (en particulier, les projets de l’équipe
Déformations Crustales, sur la segmentation.
Modèles de croissance. Un des points importants sera de reconnaître
puis d’intégrer l’ensemble des macro- et microstructures de déformation
(segmentation, flexuration des bancs, fracturations/minéralisations,
joints de pression/dissolution, bréchification, gouges…) dans la
cinématique de croissance des failles.
Nous utilisons pour cela, le concept récent du modèle
de propagation de faille du type “ Trishear ”. Ce modèle apporte
des éléments de compréhension nouveaux, qui permettent
de quantifier la déformation engendrée à l’extrémité
d’une faille en cours de propagation. Appliqué à la modélisation
cinématique de failles normales, nous montrons que l’essentiel des
processus et mécanismes de déformation sont cohérents
en intensité et orientation et chronologiquement intégrés
dans le mode de propagation des failles (Fig. 60).
2.2) Failles, fractures et transfert de fluides – informations enregistrées par les minéralisations
Cette action sera consacrée à l’étude des interactions entre les failles (et la fracturation associée) et les transferts des fluides. Elle sera basée sur : (i) la caractérisation des conditions P-T dans lesquelles ont lieu les différents processus de la déformation (structures de déformation), et (ii) l’étude des circulations actuelles d’eau en milieu faillé.
Caractérisations des conditions P-T. L’objectif sera de définir
les conditions physico-géochimiques qui accompagnent la déformation
des roches enregistrées par les minéralisations (pression/profondeur/température).
Nous espérons ainsi apporter des contraintes supplémentaires
aux modèles de croissance des failles. Inversement, nous chercherons
à comprendre le rôle des fluides sur les modalités
de fonctionnement des failles.
Pour aboutir à notre objectif, nous couplerons à
l’étude macro et micro structurale une caractérisation géochimique
des minéralisations situées au voisinage et dans les plans
de faille (Fig. 60). Nous nous appuierons sur l’équipement analytique
disponible au sein de notre département (cathodo-luminescence, mesure
de inclusions fluides, MEB).
L’aspect chronologique de l’évolution des failles sera
abordé par une approche indirecte de datation des failles (dépôts
syn-tectoniques, surfaces d’érosion/émersion… -voir paragraphe
2.3-) et par une approche directe par la datation radiométrique des
calcites de faille dans les failles récentes. Cette approche directe
permettra d’apporter des éléments de compréhension
sur le mode continu ou discontinu du glissement et sur la vitesse de croissance
des failles.
Circulations actuelles. L’objectif est d’étudier l’incidence
de l’architecture des failles dans les circulations hydrothermales actuelles
(eau et gaz). Ici, nous tentons d’établir les chemins de circulation
autour et à travers les failles et leur caractère étanche
ou drainant. Nous étudierons pour cela, les gouges de faille, leur
porosité et sa variabilité dans le espace et dans le temps.
Deux questions précises se posent :
* La présence de gouge dans les failles caractérise
t’elle une évolution de la drainance d’une faille vers une étanchéité
du système fracturé ?
* Quels sont la signification et le rôle des failles dans
la localisation et le fonctionnement des sources carbo-gazeuses ?
Ces recherches coupleront des études de terrain sur l’architecture
des failles et des gouges avec l’analyse isotopique des eaux, afin d’établir
des modèles conceptuels de la circulation des fluides. Cette approche
est actuellement menée en étroite collaboration avec l’équipe
d’Hydrologie et Géochimie isotopique d’Orsay (Thèse d’Alban
Duriez en cours) et fera l’objet des futures collaborations avec l’équipe
d’hydrogéologie de l’UMR Sisyphe de Paris VI.
Les modalités de circulation actuelles aideront à la
compréhension des paléocirculations et seront intégrées
aux modèles de croissance de failles et des processus de la déformation.
2.3) Évolution de systèmes faillés d'échelle régionale
Dans nos perspectives d’étude de l’évolution 4D des
systèmes faillés à l’échelle régionale,
le rift de Corinthe-Patras se présente comme un site d’étude
privilégié (Fig. 61).
Nos travaux récents ont porté sur l'architecture
et l’évolution spatio-temporelle du système de failles normales
sur détachement de ce rift. Un modèle d’évolution a
été proposé et nous avons établi des conditions
profondeur/température d’évolution de certaines failles à
partir des minéralisations présentes dans les brèches
de faille (Fig. 61).
Nous envisageons de poursuivre ces travaux par :
- L’étude de la segmentation 3D des failles, rôle du substratum alpin. Un intérêt particulier sera porté sur la faille de Pyrgaki, les failles entre Pyrgaki et Xilokastro, et la zone de relais des failles d'Héliké et Aigion (durée et vitesse de jeu des failles).
- L’étude des mouvements verticaux liés au jeu de la faille
de détachement du rift.
D’une part, on dispose de données sur la surrection des
dépôts synrift, et d'estimations de la subsidence du substratum
alpin. Ces paramètres seront utilisés pour une modélisation
mécanique et thermique de la croûte sous la région.
Cet aspect sera traité en collaboration avec les géophysiciens
d’Orsay (Hermann Zeyen), et pourra bénéficier des compétences
des géophysiciens de la UMR 7072.
D’autre part, les observations à terre permettent d'évaluer
le pendage initial du détachement à 30 -35°. Les mécanismes
au foyer des séismes sous le golfe indiquent un pendage comparable
(Fig. 61). Connaissant l'extension à travers le rift par les coupes
géologiques, et en fonction du mode de déformation des terrains
sous le détachement, nous tenterons d'estimer l'exhumation de ceux-ci,
et de la comparer à celle déterminée dans les metamorphic
core complexes.
- L’étude de la déformation régionale entre le front de l'arc égéen et la faille nord-anatolienne (Fig. 61). Dans cette bande déformée se combinent le mouvement décrochant dextre de la faille nord-anatolienne et l'extension sensiblement nord-sud du domaine égéen résultant de l'avancée de son front de subduction. A partir des données géodésiques sur cette zone, des mécanismes au foyer des séismes, de la cinématique des failles majeures, les mesures de vecteurs-glissement sur les failles, etc …, l'étude visera à définir les mouvements de translation et de rotation des grands blocs limités par les failles régionales.
Ces thèmes de recherche, classés par taille de structures
croissante, pourront bénéficier des collaborations de spécialistes
de diverses disciplines de l’UMR 7072 (déformation crustale, modélisation
thermo-mécanique, …)
2.4) Les systèmes faillés polyphasés
La dynamique des systèmes faillés ne s’arrête pas à la fin d’activité et/ou de la croissance des failles. Dans l’évolution « post-faille » d’une région, les systèmes faillés constituent une source de défauts qui perturbent les contraintes et accumulent les déformations. Ils sont inévitablement réactivés lors des sollicitations tectoniques postérieures à leur formation (Fig. 62). Différents types de minéralisations d’intérêt économique sont liées à ces réactivations. Dans le domaine du stockage, ces réactivations ont un rôle majeur dans les modifications du caractère étanche ou drainant des failles et des fractures associées. La connaissance d’un système faillé passe donc nécessairement par (i) celle de sa formation sensu stricto et (ii) par celle de ses réactivations lors du polyphasage tectonique.
Dans notre approche de l’étude intégrée des systèmes faillés le polyphasage est nécessairement pris en compte. Il soulève des questions importantes à l’échelle de la zone de faille (locale) ou à celle du domaine faillé (régional):
* Quel est le comportement d’une zone de faille dans un nouveau contexte
tectonique ?
- quelles sont les modifications des discontinuités initiales
(stratification, interbancs, joints, veines, stylolites, failles …) et
leurs comportements nouveaux ?
- quelles incidences ont ces discontinuités initiales
sur les mécanismes de déformation (dissolution, cristallisation,
cataclase …) surimposés ?
- quelles incidences ont les réactivations sur la circulation
de fluides ?
Nos travaux récents sur la déformation polyphasée
affectant des failles dans des niveaux argileux (Fig. 62) montrent l’importance
de cette approche pour la compréhension des relations fracturation
et transfert de fluides.
Ainsi, nos recherches en cours et futures mènent sur :
- l’étude des relations entre la tectonique, la sédimentation,
la circulation de fluides et des minéralisations sur une grande
zone de faille en bordure d’un bassin (bassin de Tim Mersoil, Niger Nord,
Thèse de doctorat d’Olivier Gerbeaud en cours)
- et l’évolution de la zone faille de Tan Lu (Chine)
au cours du Paléozoïque sup. – Cénozoique (exploitation
et interprétation des données de terrain).
3) – Chantiers régionaux
Une grande partie de nos chantiers s’intègrent parfaitement dans le chantier commun de l’UMR (Plaque Arabe et Région Méditerranéenne), d’autant plus qu’un projet d’étude des failles en Oman avec la compagnie ADCO des Émirats Arabes est en gestation.
Nos chantiers actuels et prévus pour le quadriennal sont :
- Système faillé extensif du Golfe de Corinthe (Grèce)
- Système faillé extensif du golfe du Sperchios (Grèce)
et hydrothermalisme associé
- Failles extensives de Berga, Versant sud des Pyrénées
(Catalonia)
- Failles extensives des Bétiques (Espagne)
- Failles extensives dans les séries carbonatées des
Alpes du Sud (France)
- Décrochements dans les carbonates en Oman (projet en gestation)
Hors chantier commun de la UMR 7072 :
- Zone de faille bordière du bassin de Tim Mersoil (Niger
Nord)
- Zone de faille de Tan Lu (Chine)
5) – Collaborations et Partenaires
Collaborateurs :
En France : Univ. Montpellier II, Univ. Paris VI (UMR Sisyphe), LSCE de
Gif
A l’étranger : Univ. de Stanford (USA), Univ. de Nevada (USA),
Univ. de Camerino (Italie), INGV Roma (Italie)
Partenaires : Total, Cogema, IPSN